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Bruno et Olivier sur un tapis roulant - article posté par Nicolas Hirel de Nausicaa, le centre national de la mer

En 1992, dans l'océan pacifique un navire japonais perd une partie de son chargement: des jouets. Parmi ces jouets, plus de 7000 canards en plastique. 2 ans plus tard, on retrouve certains de ces canards sur les plages de l'Alaska.

Comment de simples objets en plastique ont-ils réussi à parcourir en groupe un voyage de plus de 8 000 Km ?

C'est dans les pages du journal de bord de Bruno et Olivier que nous allons trouver les réponses à ce mystère. Tout commence le jour du départ de Bruno et Olivier.


Le vent de Nord-est souffle sur la surface de l'eau. Il accompagne nos 2 rameurs et les

pousse aussi un peu.


Mais le vent pousse aussi l'eau, créant ainsi un courant marin dont la direction est légèrement différente de celle du vent (à cause de la rotation de la

terre).

Le premier courant rencontré par Bruno et Olivier, c'est le courant des Canaries, qui longe les cotes d'Afrique du nord, à la vitesse de prés d'un mile à l'heure.

Mais pour traverser l'atlantique, et atteindre la Guadeloupe, il faut qu'ils rament vers l'ouest pour « attraper » le courant nord équatorial. Ce n'est pas si facile, et dans les premiers jours le vent et le courant les emmènent trop au sud, et les rameurs doivent remonter vers le nord pour revenir sur la route théorique, celle qu'on voit en rouge

sur les cartes de leur voyage.


Aujourd'hui, l'Océanite et ses passagers sont bien installés sur ce courant qui les aide à avancer de plus en plus vite (passant de 50 miles par jour à plus de 70 les derniers jours) et atteindre la Guadeloupe dans les Caraïbes.

Le soleil brille et l'eau est de plus en plus chaude (28 degrés).

Le vent ne vient plus du nord-est mais de l'est, et le courant commence à remonter très légèrement vers le nord (souvenez-vous, le courant à une direction légèrement différente de celle du vent). Mais attention, si le vent venait à souffler d'une autre direction il ferait dévier l'Océanite et ses rameurs, les obligeant à lutter contre le vent pour revenir sur leur route.

C'est au nord des caraïbes que le courant nord équatorial, va continuer de se gorger de chaleur et devenir le Gulf stream.

Le Gulf stream va maintenant longer les cote est des Etats-unis et repartir vers le nord-ouest en direction de l'Europe du nord.

Mais le courant du Labrador, venu des régions polaires le contrarie et « l'oblige » à redescendre un peu. A son contact, le Gulf stream, se refroidit et une partie se met à couler pour rejoindre la grande circulation des courants océaniques profonds.


Il devient alors dérive Nord atlantique, et va redonner sa chaleur à toute l'Europe.

S'il fait si doux en hiver chez nous, c'est grâce à ce formidable « fleuve » marin, qui aura parcouru
7.000 km et transporté , à la vitesse d'environ 5 Km à l'heure (2,5 miles/h) des millions de mètres cube d'eau de mer, du plancton, mais aussi un grand nombre de déchets jetés par l'Homme.

Voilà comment le vent peut faire voyager de la chaleur, des rameurs, du plancton, des déchets... et des canards en plastique grâce aux courants marins, qui “en passant” les redistribuent sur toute la planète.

Si pour Olivier et Bruno, l'arrivée est prévue en Guadeloupe, le courant lui ne s'arrête pas là. Le plus grand tapis roulant du monde, va continuer son voyage.

CARTE DES COURANTS DE SURFACE DANS L'OCÉAN ATLANTIQUE NORD

Qu'est ce qu'un mile ou un noeud ? par Nicolas Hirel de Nausicaa

Nous suivons depuis plus de 30 jours maintenant, le parcours de Bruno et Olivier.
Dans leur journal de bord, il est souvent question de « Mile » et de « nœud ». Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces drôles de mots ?
Le « mile », c’est l’unité de distance pour les marins. Sur terre nous avons les kilomètres mais sur l’eau, les marins ont les miles, les « miles nautiques ». Un mile nautique mesure 1852 mètres (ça fait presque 2 kilomètres). Quand Bruno et Olivier parcourent 60 miles par jour, cela fait quand même presque 120 km dans la journée !
Mais combien de coups d’aviron ?
Le nœud lui, exprime la vitesse des navires ou du vent en mer. A terre, nous avons les kilomètres / heure (Km/h), en mer les marins ont les nœuds. Un nœud c’est une distance de 1 mile nautique parcouru en une heure (presque 2 Km/h).
Dans leur bilan à mi parcours (voir journal de bord du 5 février), Bruno et Olivier nous parlent de vent de 25 nœuds. Ca veut dire qu’ils ont subi des vents qui allaient à une vitesse de presque 50 Km/h, la vitesse d’une voiture en ville ! plutôt rapide non ?

Est-ce que les poissons volants se pêchent ? (réponse de Nicolas Hirel de Nausicaa)

Parmi les animaux  qui  accompagnent Bruno et Olivier pendant leur traversée, il y en a de très surprenants. Dans leur journal de bord , nos 2 navigateurs, racontent qu’un poisson  est “tombé sur le pont de “l’Océanite”, un poisson volant ! Le soleil leur joue-t’il un mauvais tour ? Pas du tout !
Les poissons volants existent bien et les navigateurs les connaissent bien depuis longtemps.
Ce sont des poissons comme les autres ou presque, et si ils “volent”, c’est grâce à leurs grandes nageoires pectorales, qu’ils utilisent comme des ailes, pour échapper à leur prédateurs.
Les poissons volants vivent dans toutes les mers chaudes (et même en Méditerranée).Ce sont de petits poissons argentés, qui nagent en groupe très près de la surface de l’eau à la recherche de leur nourriture, le plancton. Certains ont en plus des couleurs qui leur assure un camouflage afin de mieux se cacher dans le désert de l’océan.

Lorsque les poissons volants sont pris en chasse ou qu’ils ont peur, ils s’enfuient à toute vitesse et bondissent hors de l’eau en déployant leur nageoire: le vol plané commence. Ils ne battent pas vraiment  des ailes, mais ils sont capables de planer sur plusieurs dizaines de mètres. De cette façon ils échappent à la vue de leur poursuivant (thons par exemple...). Leur vol plané se termine souvent par un plongeon dans l’eau, mais les poissons volants ont une autre astuce pour continuer à voler. En donnant un vigoureux coup de queue dans l’eau, juste avant de replonger, ils reprennent de la vitesse et bondissent à nouveau.

S’ils en avaient envie, Olivier et Bruno pourraient en manger parce que les poissons volants sont comestibles. On les consomme  principalement dans les pays d’Asie, et leurs œufs sont même utilisés en sushi.

Vous ramez jusqu'à minuit, comment y  arrivez-vous?

A tour de rôle, chacun rame jusqu à minuit; le soir celui qui rame jusqu'à minuit, rame à nouveau le matin à partir de 7.30, l'autre rameur rame jusqu'à 22.00 puis à nouveau à partir de 6.00. Nous ramons effectivement beaucoup pendant le journée mais au bout il y a la Guadeloupe, alors nous sommes très motivés.

Voyez-vous beaucoup de poissons, de dauphins, de baleines ? Avez-vous rencontré une sirène ?

Nous avons la compagnie de poissons pilotes qui vivent en permanence sous le bateau. Au dernier pointage, ils étaient six. Tous les jours, nous arrivons à les voir : lorsque l'on met le pied dans l'eau, ils sont curieux et viennent voir ce qui se passe.

Nous avons aussi vu des dorades, des carangues et des dauphins, un couple de raies et une tortue. Mais pour l'instant, toujours pas de sirènes en vue. On continue d'espérer en voir.

Comment communiquez-vous avec les dauphins?

Nous n'avons pas réussi à communiquer avec eux, si ce n'est dans nos rêves la nuit. Dans la journée, lorsqu'on met la caméra dans l'eau pour les filmer, on se rend compte qu'ils discutent entre eux, ils font des claquements. Et on se demande ce qu'ils peuvent bien raconter.

Quand vous dormez, comment faites-vous pour que le bateau ne bouge pas?

Quand on dort le bateau bouge, il suit le vent, la houle et les vagues. On met le gouvernail pour rester dans la direction des vagues. Malheureusement il arrive que le vent, la houle et les vagues poussent le bateau dans la direction inverse. Dans ce cas, on sort l'ancre flottante (un parachute de tissu) qui ralentit la progression du bateau.

Avez-vous encore assez de force pour tout le voyage ?

Oui, mais il faut que nous nous alimentions correctement tous les jours ; une alimentation équilibrée nous donne des vitamines et de l'énergie pour avancer.
On a maigri depuis le départ car nous n'utilisons pas certains muscles et notamment les muscles qui nous servent à tenir la station debout et à marcher. Le volume de ces muscles non utilisés diminuent et notre poids baisse.
Et les muscles des bras alors ils grossissent ? Et non, les muscles que nous utilisons pour ramer sont des muscles d'endurance, plus légers.

Voyez vous régulièrement des cargos et des chalutiers ?

Oui les premiers jours entre les Canaries et le Cap Vert où le trafic est soutenu mais non depuis 3-4 jours.
On pourrait croiser des cargos transatlantiques mais nous ne sommes probablement pas sur une des routes qu'ils ont l' habitude d'emprunter.

Est-on mouillé par les vagues et la embruns ?

Oui si le vent est fort comme aujourd hui. Il y a alors un peu d eau dans le bateau qui s' évacue rapidement. C'est surtout le soir que nous sommes mouillés par l’humidité qui tombe : dans la journée l’eau s’évapore avec la chaleur et le soir lorsque la température baisse l’eau retombe ( comme la rosée le matin) et tout le bateau devient humide

Y a-t-il une heure a laquelle le vent se lève ?

La météo est très aléatoire et le temps change très rapidement en mer comme la météo en France. Dans la zone des alizés où nous sommes le vent s'élève en principe le soir mais nous ne l'avons pas encore vérifié.

Combien de temps pour faire de l'eau douce

Le déssalinisateur fonctionne 3 heures par jour et nous consommons 10-12 litres par jour.

Pourquoi avoir appelé votre bateau Océanite  ?

L'Océanite est un petit OISEAU MARIN (de 14 à 25 cm de longueur). Ce nom lui a été attribué à cause de son habitude de voler très près des vagues, ce qui donne l'impression qu'il marche sur l'eau. Cette façon de voler près de la surface, ses pattes pendantes battant l'eau, lui a aussi valu le nom latin d'Hydrobatidae, qui signifie « battre l'eau ». Les marins superstitieux, croyaient que cet oiseau les avertissait de tempêtes prochaines et qu'il était ainsi envoyé par la Vierge pour les protéger.



Que buvez vous ?

L'eau de la mer est comme tu le sais salée et il ne serait ni sain, ni très bon, de boire de l'eau de l'océan.
Pour débarrasser l'eau de l'océan de son sel une première solution consiste à laisser l'eau s'évaporer sous l'effet de la chaleur. L'eau passe à l'état gazeux et s'envole alors que le sel reste solide et ne s'envole pas. Pour attraper l'eau qui s'envole on tend une bâche au dessus et l'eau gazeuse au contact de la bâche froide se condense : il ne reste plus qu'à récolter l'eau liquide ainsi obtenue. Mais la production est faible.

C'est pourquoi nous utilisons un dessanilisateur électrique qui produit environ 15 litres d'eau par jour. Il pompe l’eau de mer et la pousse très fort à travers une membrane qui retient le sel . Ci-dessous la photo du dessanilisateur.


Et en cas de panne du dessanilisateur électrique nous avons aussi une réserve de 80 litres d'eau, ce qui nous permet de tenir plusieurs jours. Tu la vois ci dessous. Elle est stockée au niveau du pont central.


L'eau ainsi obtenue n'a pas très bon gout. On peut donc la minéraliser ( on obtient alors une eau minérale) ou comme Olivier l'additionner de sirop de menthe.
 

Que mangez-vous ?

Pour 70 jours de traversée il nous aurait été impossible de ne prendre que des boites de conserves. Elles auraient été bien trop lourdes. Notre choix s'est donc porté sur de la nourriture lyophilisée ( type purée Mousseline ou soupe en sachet), à laquelle on rajoute l'eau obtenue par le dessanilisateur.
Et même comme ça nous avons tout de même 100 kilos de nourriture lyophilisée à bord.

Au petit déjeuner nous prenons du Muesli, des petits Lu et du café ou du chocolat
Pour le déjeuner nous avons des pâtes Lyophilisées, du pâté ou ou du thon, un dessert lyophilisé, de la Vache qui rit
Dans la journée on grignote des barres, des céréales et des fruits secs
L'apéritif avant le diner est un moment privilégié.
Au diner nous mangeons comme au déjeuner plus bouillon et soupe. Il faut dire que la journée n'est pas fini et que nous avons encore besoin de beaucoup d'énergie.

Le dimanche, c’est la fête : boites de conserve avec bœuf bourguignon ou confit de canard et crème mont blanc.

C’est la personne qui ne rame pas qui prépare la cuisine. Cela change tous les jours.

Il n’y a que le dîner que nous prenons en commun. Pour les autres repas petit déjeuner et déjeuner, l’un prépare et mange puis va ramer pendant que l’autre mange et range.

Et le poisson, il est pas bon ? nous tenterons régulièrement de pêcher. Pour le moment nous n’avons essayé qu’une fois, mais rien n’a mordu. Nous gardons nos meilleurs hameçons pour les dorades sous les alizés que nous atteindrons vers la fin du mois de février.